TÉMOIGNAGES de collègues

Voici le récit de quelques collègues qui ont tenté l’aventure à l’étranger : 

Antoine, enseignant en primaire :

« Je suis parti vivre en Espagne en août 2006, j’avais obtenu un disponibilité pour rapprochement de conjoint en mars 2006. J’ai ensuite commencé avec un contrat local au lycée français de Valence pendant deux ans. Puis, j’ai obtenu un poste de résident au lycée français de Madrid en septembre 2008. Je suis resté quatre ans au LFM…

Bilan : même si les deux ans de disponibilité furent un peu difficiles (notamment au niveau de la couverture sociale), je garde un super souvenir de cette expérience et je la conseillerai à tous. »

Sylvette, proviseure-adjointe au lycée G. Pompidou, Dubaï, Emirat Arabes Unis :

Partir à l’étranger, c’est remettre en question ses habitudes de fonctionnement « en bousculant ses repères et ses schémas culturels », situation riche d’enseignement pour nous qui sommes confrontés à l’altérité et à l’éducation à la différence.

Partir travailler à l’étranger, c’est être confronté au quotidien à un autre rythme, un autre climat, une autre langue, une autre cuisine, un autre système administratif, d’autres lois. Évident, me direz-vous ? Oui, mais il n’y a rien de moins évident que l’évidence….

Préparer son arrivée : la meilleure façon de s’adapter, c’est de partir sans aucune idée préconçue (difficile avec tout ce que vous entendrez), sans attendre quoi que ce soit de particulier (le fantasme peut générer la désillusion) et de se faciliter autant que faire se peut l’arrivée en se fiant, cette fois, aux personnes qui résident et travaillent sur place. Elles ont de bons et utiles conseils. Plus l’installation sera préparée avant votre départ, avec l’équipe de direction en place, plus vous serez disponible professionnellement.

La stratégie des vœux : nous formulons des vœux lors du dépôt de notre candidature mais, comme le rappellent régulièrement les collègues dans les pages de Direction, l’AEFE propose les postes en fonction de la spécificité de l’établissement en rapport avec nos expériences. La proposition de nomination sur un poste demandé n’est pas systématique.

Il y a cinq ans, je n’ai pas été nommée sur l’un de mes cinq vœux formulés ; j’avais en effet élargi ma demande, sachant que des postes non parus au moment de nos vœux peuvent se dégager en cours d’année (départs imprévus ou anticipés) ou être créés. C’est ce qui s’est produit pour le poste de proviseur-adjoint de Dubaï, créé au départ du CPE faisant fonction d’adjoint. Cette création a fait suite à l’augmentation des effectifs (1.000 élèves en 2002, 1.856 aujourd’hui), l’emménagement dans un lycée construit en 2006 et la répartition de la structure sur 3 sites (sur deux émirats différents avec des réglementations différentes). Mon expérience cumulée d’adjointe dans deux lycées de 4ème catégorie et de 4ème catégorie exceptionnelle en France et de CPE auparavant dans deux lycées à l’étranger, a bien entendu été utile et m’a préparée à faire face aux situations professionnelles spécifiques d’un lycée à l’étranger.

Les spécificités du poste : « Le rôle du chef d’établissement à l’étranger diffère sensiblement de celui exercé en France […] et génère des contraintes spécifiques ». Voilà ce que nous lisons entre autre sur les descriptions de poste. Je vais tenter d’illustrer cette formule avec quelques exemples :

Le lycée français international Georges Pompidou est un établissement conventionné à gestion parentale, ce qui signifie que le conseil de gestion constitué de parents, en concertation avec le chef d’établissement et la directrice administrative et financière, fixe les tarifs de scolarité, la création ou suppression de postes, le montant des salaires des personnels locaux et les projets de construction.

Cette place prépondérante des parents, d’une part, n’est pas habituelle dans notre fonctionnement en France ; elle impose une grande vigilance sur la répartition des compétences de chacun et nécessite d’établir des relations de confiance et une collaboration de qualité.

D’autre part, la grande majorité des enseignants en France sont titulaires, ce qui n’est pas le cas à l’étranger (environ 50 % au LFIGP). L’accompagnement pédagogique s’appuyant sur les titulaires est une nécessité ; le soutien de l’AEFE (par sa politique de formation continue), ses IA-IPR (nos référents disciplinaires) et le renforcement d’un dispositif de conseillers pédagogiques d’établissement et de zone, soulignent l’importance donnée au maintien de la qualité de notre enseignement à l’étranger. Conscients de cet enjeu, les enseignants s’impliquent et s’investissent avec intérêt dans la mise en œuvre des réformes.

Enfin, une des contraintes, spécifique à Dubaï en particulier, réside dans le contrôle de la tutelle éducative émirienne avec des inspections annuelles qui classent les établissements (tous les établissements, toutes nationalités confondues) et proposent des recommandations qui peuvent avoir des incidences financières (droits d’écolage) si elles ne sont pas suivies.

Pour finir, vivre à Dubaï, c’est vivre dans une autre dimension : cité cosmopolite conquise sur le désert en un temps record, à l’activité débordante, au carrefour de l’Asie, de l’Afrique et de l’Europe, elle a été peu ralentie par la crise de 2009. Place épargnée d’une zone géographique en pleine turbulence, vivre à Dubaï, c’est vivre dans une actualité décalée ; toutes les communautés, les confessions, les nationalités se croisent et se côtoient, dans le plus grand respect les unes des autres ; les émiratis (à peine 20 % de la population), pour se développer, ont fait le choix d’infrastructures ultramodernes en faisant appel aux entreprises étrangères et à leur personnel (environ 80 % de la population) qui contribuent à l’essor unique de cette ville immense et nécessite la scolarisation de tous les enfants de ces expatriés (36 nationalités au LFIGP)…

Sarah Magadoux, proviseure du lycée français d’Irlande, Eurocampus Dublin :

Le contexte personnel et professionnel : après une expérience particulièrement intéressante aux Etats-Unis durant mes études, j’ai très vite su qu’un jour, mon parcours professionnel s’enrichirait d’une expérience à l’étranger. Le concours de personnel de direction allait alors m’offrir cette opportunité. Passées les trois années règlementaires, j’ai postulé auprès de l’AEFE et, dès l’année suivante, ma candidature a été retenue.

Le recrutement par l’AEFE : j’avais demandé tous les postes d’adjoint avec une extension géographique des vœux sur l’Asie et l’Océanie. Je me suis finalement vue proposer  le poste de proviseure du lycée français d’Irlande que j’ai tôt fait d’accepter. Je suis convaincue que le profil et l’expérience professionnelle influent plus que les vœux formulés par les candidats pour l’AEFE.

Le lycée français d’Irlande : c’est un établissement conventionné de plus de 450 élèves (de la maternelle à la terminale) dans lequel se côtoient plus de 20 nationalités. La caractéristique principale de cet établissement est le programme « eurocampus » au niveau du collège qui est certainement l’un des plus aboutis en termes d’intégration et de bilinguisme. Nous partageons les locaux et certains enseignants avec l’école germano-irlandaise St Kilians pour le secondaire. Nos élèves de 5ème, 4ème et 3ème sont répartis dans les classes de niveau équivalent de St Kilians et suivent plus de 50 % de leurs cours en anglais (history, science, geography, computer, sport…) avec leurs camarades irlandais. A la fin du cycle « collège », nos élèves passent une double certification : DNB français et junior certificat irlandais. L’autre caractéristique de l’établissement est le service des familles d’accueil qui permet à des élèves de toutes nationalités de venir étudier un an au LFI en étant accueillis dans des familles irlandaises.

L’arrivée en Irlande :cela a été un véritable choc culturel : trouver un logement, une voiture, ouvrir un compte bancaire… Malgré la proximité géographique, on ressent très vite les différences de mentalité et de culture. Rien de tel que de faire la queue en famille sous la pluie à 7 heures du matin pour obtenir le sacro-saint numéro de sécurité sociale irlandaise (PPS number), sésame indispensable pour tout nouvel expatrié.

Diriger un établissement à l’étranger : la direction d’un établissement à l’étranger s’apparente réellement à un nouveau métier. Tout d’abord, bien qu’ayant un directeur d’école primaire pour nous conseiller, on se penche sur des problématiques nouvelles et pour lesquelles nous avons bien peu d’expérience.

Les relations avec un comité de gestion (propriétaire de l’établissement), une association de parents d’élèves très investie mais aussi le principal allemand et l’adjointe irlandaise de l’établissement partenaire, chacun avec des demandes, des attentes, des objectifs différents, tout cela peut paraître très surprenant lorsque l’on arrive d’un établissement français classique. Des choses aussi banales que la cantine (inutile pour les Irlandais qui déjeunent dehors d’un sandwich) ou le partage du gymnase (utilisé très largement pour les activités extrascolaires dans le système irlandais) peuvent vite devenir source de conflit et de mécontentement si on n’y prête pas une attention soutenue.

La plus grande difficulté demeure les attentes des parents qui semblent parfois antinomiques : un renforcement des matières académiques, de l’anglais, des résultats aux examens pour les parents français, une approche holistique de l’enfant, des terrains de football et de hockey et un épanouissement au sein du groupe pour les Irlandais. C’est dans ces moments-là que dialogue et pédagogie prennent tout leur sens.

Le réseau AEFE : le dernier point que je souhaitais évoquer est l’importance d’appartenir à un réseau (l’AEFE) et la grande disponibilité des collègues des autres établissements à l’étranger qui, très rapidement, n’hésitent pas à vous conseiller et à évoquer leur expérience. Cela permet alors de partager ses doutes et ses interrogations. Bien qu’intensive, l’expérience d’un lycée à l’étranger reste particulièrement intéressante et enrichissante.

Si vous souhaitez davantage d’informations, prenez contact avec votre syndicat ou la fédération UNSA Éducation, cliquer ici pour nous écrire